« Moral au beau fixe à la Fédération de la formation professionnelle (FFP), qui revendique 350 adhérents. Le secteur a connu deux années consécutives exceptionnelles : une hausse de l'activité de 4,3 % en 2005, suivie d'un boom évalué à 8 % en 2006.
En présentant hier l'enquête annuelle de la fédération, réalisée en ligne entre novembre 2006 et février 2007, le vice-président, Jean-François de Zitter, n'a pas caché sa satisfaction en annonçant que « le seuil du milliard d'euros de chiffre d'affaires hors taxes a été franchi ».
Depuis dix ans, la progression moyenne a avoisiné 3 % chaque année. Les perspectives sont les meilleures pour les formations de « management des hommes » et autres « développement personnel » (coaching, gestion du stress, communication orale...). Comment expliquer ce dynamisme ? « Par la relance des commandes des entreprises et par notre réactivité », indique la déléguée générale Marie-Christine Soroko. »
Malgré ces bons résultats, la FFP se trouve des motifs d'inquiétude : elle s'estime plus que jamais victime de la « concurrence inégale avec les organismes de formation publics et parapublics » (Greta, Afpa, organismes consulaires, etc.) et mal traitée par rapport à d'autres secteurs, comme le BTP, « qui bénéficient de déductions fiscales ». « Nous sommes aussi le seul marché de services à être payé après la prestation. Nous subissons donc de plein fouet les mauvais délais de paiement », regrette Jean-François de Zitter". Les Echos
La formation coté cour
La structure de l'offre
La bonne santé affichée par la FFP cache une réalité beaucoup moins enthousiasmante : le marché de la formation est en réalité mal défini, peu connu et l'offre de formation, extrêmement parcellisée, reste difficile à appréhender.
7 500 Organismes ont pour activité principale la formation :
- - 53 % réalise moins de 75 000 euros de CA
- 5 % réalise plus de 1 500 000 euros de CA
- 23 % de ces Organismes existent depuis plus de 10 ans -
A titre de repères quelques chiffres (budget ou chiffre d’affaires 2000) concernant les offreurs de formation :
- l’AFPA environ 4 milliards de francs,
- la CEGOS environ 1 milliard,
- le réseau APP plus de 300 MF (463 sites, 163 000 personnes formées).
Au coté des organismes principaux qui assurent la plupart des formations en "intra", plus de la moitié des organismes de formation sont en vérité des TPE fondés par des experts soit de l'ingénierie pédagogique soit de domaines plus particuliers : commercial, finances, etc...
Ceux-là travaillent souvent en partie avec des clients "directs" et en partie sous forme de sous-traitance pour les gros cabinets de formation.
Ils mènent en réalité souvent deux types d'interventions :
- celles dédiées à leur clientèle directe, qui associent étude spécifique, ingénierie sur-mesure et suivi personnalisé,
- celles qui concernent principalement de l'animation de stage "inter" et standardisé.
Si 25% des cabinets de formations ont plus de 10 ans, les 3/4 n'atteignent jamais ce cap : passées les premières années pendant lesquelles les charges réduites permettent à l'indépendant de "survivre" malgré un faible chiffre d'affaires, la situation des petits organismes devient vite insoutenable une fois qu'ils doivent faire face aux charges salariales et patronales obligatoires.
De plus, ne disposant pas des capacités de communication ni d'une organisation interne pléthorique leur permettant de développer une activité commerciale intense, ces petits cabinets souffrent plus encore que les "gros" des délais de paiement imposés par leurs clients car bien souvent ils n'ont guère de liquidités.
Ainsi, nombreux sont ceux qui disparaissent dans les 5 premières années d'existence.
Un phénomène agravé par la logique du marché qui privilégie malheureusement la quantité à la qualité et qui a tendance à voir favoriser de plus en plus le "moins disant".
Des frontières mal définies
Les dépenses d’éducation et de formation représentent en France, selon les chiffres disponibles, environ 9% du PIB (le chiffre apparaît sensiblement du même ordre aux USA).
Cela représente un volume d’activités très important, mais qu’on ne peut pour autant transformer automatiquement en marché solvable, qui pourrait se décliner en autant de prestations et d’affaires.
Les frontières de ce marché sont floues, selon les cas sont associés ou distingués des espaces différents, celui de la formation, celui de l’éducation. Certains parlent d’un grand marché du savoir et de la connaissance, etc.
En schématisant, on pourrait tenter de le décrire en considérant des ensembles qui s’incluent les uns dans les autres du plus grand au plus petit :
- l’ensemble le plus large : le marché de la connaissance (y compris l’édition, les musées, …)
- celui de la formation tout au long de la vie (éducation, formation, loisirs,…)
- celui de la formation professionnelle continue
- et enfin celui de la FOAD (incluse dans la Formation Professionnelle Continue, mais qui se trouve aussi en intersection avec celui de la formation tout au long de la vie ).
Même en cherchant, on a du mal, en France, à trouver des chiffres stables. Les seuls disponibles sont fournis par la DARES, dépouillés et analysés par le CEREQ. Les données exploitées les plus récentes datent de 1997.
Enfin, il s’agit d’un marché très spécifique du fait des quatre caractéristiques suivantes :
- le poids déterminant de l’intervention publique,
- la logique de prescription,
- le principe de tiers payant (ce n’est généralement pas le consommateur qui paye)
- l’hétérogénéité (qualitative et quantitative) des offreurs de produits et de services.
En ce sens, ce marché se rapproche d’un marché mieux connu, ayant des caractéristiques similaires, celui de la santé. Comme le secteur de la santé, la formation concerne une multiplicité d’acteurs très différents en termes d’échelle, de logique d’action, de compétences, de modèles économiques.
Les conséquences en matière de formation
La concentration du marché d'un coté, et paradoxalement sa parcellisation de l'autre, ont des conséquences notoires sur la qualité de la formation continue dispensée auprès des salariés.
La concentration tout d'abord qui favorise l'inter-entreprises et la standardisation de l'offre; Pratique pour les entreprises qui cherche à former leurs salariés au coup par coup sur des thèmes récurrents, la standardisation ne répond pas aux attentes spécifiques et n'apporte pas de solutions individuelles qui prennent en compte les particularités du stagiaire.
D'autre part la formation inter-entreprises, qui offre par ailleurs l'opportunité à moindre coût de former un ou deux salariés, ne peut développer en interne un "langage commun" permettant un réel changement de comportement.
Ce type de formation va donc développer davantage le "savoir" que le "savoir-être".
La parcellisation du marché a, elle aussi, de fâcheuses conséquences. Si les formations proposées, généralement construites sur-mesure, répondent davantage au soucis d'efficacité et de suivi de l'entreprise, il n'en demeure pas moins qu'il est très difficile pour les responsables de formation de dénicher le prestataire ad hoc dans la foultitude des offres.
Travailler avec un petit cabinet conseil, c'est certes bénéficier d'un "service" complet et attentif mais c'est aussi prendre le risque de "l'inconnu" et par conséquent, prendre du temps pour s'informer auprès des "références" annoncées.
Un temps souvent largement amorti à l'arrivée mais un temps qui manque en général cruellement aux services "formation".
Sources :
ALGORA
GIP Espace Compétences