Sur la base d’un constat effrayant : la perte de sens au travail, l’entreprise comme « lieu de souffrance », les auteurs de « Éloge du bien-être au travail » (Dominique Steiler, John Sadowsky et Loïck Roche) en appellent à une approche alternative du management : le slow management, consistant à renverser en quelque sorte le « toujours plus » par un « toujours mieux »...
Parue dans Le nouvel Économiste, voici une interview de Elvi DEON, directeur associé de la société ALGOE qui présente ici sa définition du Slow Management.
Selon vous, quels doivent être les facteurs essentiels pour motiver les salariés ?
La motivation dépend des rapports du salarié à l’entreprise, de son rapport au capital dans l’entreprise, de son rapport à son emploi, et à l’image que véhicule l’entreprise. La motivation dépend en réalité de la nature de l’entreprise et de celle du salarié.
C’est un sujet que les professionnels appellent “l’alter-management”, qui est d’ailleurs en train de devenir une des majeures proposées par HEC. Nous avons nous-mêmes développé une stratégie motivationnelle. La société compte, aujourd’hui, 200 salariés qui détiennent tous une partie du capital. Nous pratiquons le slow management tel qu’il pourrait être retranscrit de la pratique du slow food – volonté de conserver les espèces et de produire des produits de bonne qualité. Notre objectif au recrutement est de pouvoir garder un maximum de temps nos salariés dans l’entreprise.
Pouvez-vous expliquer votre stratégie motivationnelle?
Dans notre société, les salariés connaissent un développement ancré sur les missions et basé sur l’équilibre entre le temps personnel et professionnel. A ce titre, nous avons un accord RTT de 22,5 jours lorsque la moyenne, dans notre secteur, est beaucoup plus basse. Par ailleurs, détenant tous une part du capital de l’entreprise, ils sont intéressés sur chaque recette. Ainsi, nous n’avons pas de politique d’augmentation annuelle élevée, et de distribution de stock-option. Nous avons une logique beaucoup plus collective, basée sur une construction durable. Nous inscrivons notre développement dans une logique de développement solide. Dans notre société, la motivation de nos salariés repose sur trois facteurs majeurs. Tout d’abord, nous avons réussi à trouver un équilibre entre la vie professionnelle et personnelle. Par ailleurs, nous insistons sur l’identité professionnelle du salarié. Plus concrètement, l’objectif n’est pas la recherche de l’ascension hiérarchique, mais l’épanouissement sur la base d’un développement horizontal. Enfin, notre société a, par sa taille et sa structure humaine, une notoriété qui valorise les salariés à l’extérieur.
Envisagez-vous d’organiser des opérations motivationnelles de type voyage ou challenge ?
Dans notre type de structure, les voyages incentive et ce type d’opérations passent complètement à côté des besoins de nos collaborateurs. Le modèle motivationnel varie, véritablement, selon le contexte de l’entreprise et de son modèle capitalistique. Les démarches incentive des années 1980 correspondaient à tout ce qui était dépassement de soi mais aujourd’hui, les salariés sont plus en distance vis-à-vis du discours managérial. Les conditions de la motivation se fondent désormais sur les relations de confiance à l’employeur et sur le développement de l’employabilité. Les salariés français ont peur du chômage et peur de l’avenir. Nous sommes dans le temps des turbulences.
Les salariés sont donc dans une démarche plus prudentielle. Les initiatives de ce type, telles que les séminaires ludiques ou autres voyages, sont un plus, mais les processus de motivation doivent aller au-delà. Il ne faut pas oublier que les entreprises sont des lieux de rapports de force, où les notions de négociation et de concurrence sont très présentes. La motivation périphérique n’est pas suffisante.
La vraie motivation, la motivation durable passe nécessairement par l’exercice de son métier et par les relations de confiance avec les directions.
Source : Le nouvel économiste
http://www.nouveleconomiste.fr/1417/site-LNE1417-DOS-INCENTIVE.pdf