Sondages, enquêtes et études concernant le moral des salariés en général et des cadres en particulier se succèdent ces dernières semaines. A en croire ce qui est repris dans les différents médias, on peut s'interroger sur la cohérence de l'ensemble de ces chiffres souvent mal interprétés au travers de titres souvent racoleurs.Quels enseignements tirer de ces résultats qui peuvent sembler parfois contradictoires au premier abord ? Nous faisons ici le bilan des informations recueillies.
La crise dégrade les conditions de travail des cadres.
- 44% ses cadres ressentent une dégradation des missions qui leur sont confiées ;
- 58% confirment la dégradation des relations humaines dans l'entreprise depuis le début de la crise.
Désormais 14% des cadres sont d'ailleurs davantage enclins à quitter leur poste qu'avant la crise (contre 9% lors des 2 derniers baromètres) et parmi les raisons évoquées, tensions et mauvaise ambiance dans l'entreprise ressortent majoritairement (37%) soit davantage qu'en mai 2009 (23%) et décembre 2008 (33%).
Quant aux managers qui disent vouloir rester en poste, près d'un tiers souligne "qu'en période de crise, on se contente de ce que l'on a". Une raison, comme on le voit, qui cache davantage de frustration que de motivation...
Les Responsables RH et Financiers semblent particulièrement touchés.
Le Groupe Robert Half a mené une enquête en septembre-octobre 2009 auprès de plus de 1 300 Responsables Ressources Humaines et/ou Financiers dans 8 pays (Allemagne, Autriche, Belgique, France, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Suisse) d'où il ressort que seuls 55% des sondés français se disent satisfaits de leur emploi tandis que 17% ne se sentent pas satisfaits de leur poste actuel.
S'agissant des causes de cette insatisfaction relativement importante des RF et DRH, on peut souligner que 74% des sondés français citent l'augmentation de salaire comme levier de motivation. Deux points importants sont également cités dans la dernière étude de la Cegos sur la fonction RH :
- Un contexte exceptionnel de crise qui expose les DRH en première ligne sur la relation Direction / Salariés ;
- Les contraintes réglementaires qui se sont multipliées ces dernières années.
Le stress et la surcharge de travail sont les principaux facteurs de déséquilibre entre vie familiale et vie professionnelle.
Une autre étude récente, effectuée par le cabinet Comundi et relative au "bien-être au travail" démontre, elle, que pour 68% des personnes interrogées, le stress et l'anxiété au travail sont les premiers éléments qui viennent entraver l'équilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle, la surcharge de travail étant le second facteur de déséquilibre (60%).
Toujours d'après cette étude, 4 personnes sur 10 ressentent des troubles physiques au travail (résultats d'ailleurs plus importants pour les non-managers et pour les répondants du secteur public). Les troubles physiques les plus cités sont la fatigue (51%), le mal de dos (47,8%), les yeux fatigués (33%) et les maux de tête (26%).
Face à ces manifestations de stress, 40% des répondants déclarent que leurs établissements n'ont mis en place aucune action pour contribuer au bien-être et à la prévention des risques psychosociaux.
Alors, que faire ?
Si elles servent de révélateurs, les statistiques précédentes ne doivent toutefois pas alarmer plus que nécessaire.
En effet, l'étude du cabinet Comundi souligne que 70% des salariés se déclarent heureux dans leur fonction. Les managers se sentent d'ailleurs plus heureux que les non-managers puisqu'ils sont encore plus nombreux (73%) à être satisfaits de leurs conditions de travail. D'autre part, 8 salariés sur 10 affirment pouvoir concilier vie professionnelle et vie personnelle.
Cependant, c'est sur le thème de la gestion du temps et l'organisation du travail que la majorité des personnes interrogées par Comundi souhaiteraient progresser et se former pour se sentir mieux dans leur poste et mieux concilier vie pro et vie perso.
Les répondants souhaitent également s'améliorer dans leur capacité de négociation et la communication interpersonnelle.
D'une manière générale, ce sont d'ailleurs ces "relations humaines" qui restent au coeur, non seulement des préoccupations des salariés, mais aussi des leviers de réussite des entreprises en 2010, alors même que la crise est loin de toucher à sa fin.
L'ère du seul management par objectifs semble révolue et l'on doit désormais s'orienter vers des modes de management plus humains, reconsidérant l'homme et ses aspirations comme le pivot central de toute réussite et privilégiant les échanges et le travail collaboratif.
HEC et l’université d’Oxford ont ainsi décidé de s’associer pour créer un nouvel Executive Master au nom on ne peut plus explicite : « réinventer le management ». À l’issue de la formation, chaque participant devra présenter un projet personnel débouchant sur une réorganisation de son entreprise ou de son service, en tenant compte des nouveaux enjeux : éthique, développement durable…
Des formations, comme le dit Chantal Poty, responsable de la formation continue de l’EM Lyon, qui ont pour but de sortir "des sentiers battus", des "logiques bureaucratiques et des modes d’organisation contraignants", de développer une "nouvelle dynamique".
Sources :
- Les salariés européens sont-ils satisfaits de leur situation professionnelle ? Cadronline : http://www.cadresonline.com/actualite/dossier_emploi/communique.php?id_article=6088
- Robert Half : http://www.roberthalf.fr/
- Comundi - Bien-être au travail : http://www.etre-bien-au-travail.fr/
- Baromètre Cadremploi-Ifop : http://www.ifop.com/media/poll/1042-1-study_file.pdf
- Etude Cagos - Fonction RH 2009 : http://www.cegos.fr/EspacePresse/Documents/CP%20fonction%20RH%20-%20def.pdf
















