Selon le ministère du Travail, plus d'un travailleur sur deux travaille dans l'urgence, plus d'un sur trois reçoit des ordres ou indications contradictoires, et plus d'un sur trois déclare vivre des situations de tension dans ses rapports avec ses collègues ou sa hiérarchie.
"Le stress au travail c'est une affaire de manager, pas de docteur", estiment les auteurs d'un rapport sur le sujet, qui préconisent d'intégrer cet aspect dans les critères de rémunération des dirigeants.
Commandé à l'automne au vu de l'émotion suscitée par une vague de suicides à France Télécom, le rapport sera discuté le 24 février au Conseil d'orientation des conditions de travail et contribuera au Plan santé au travail 2010-2014.
Le risque psychosocial est, depuis 2007, la première cause de consultation pour maladie professionnelle.
Intitulé "Bien-être et efficacité au travail", le document remis mercredi 17 février 2010 au Premier ministre, François Fillon, est le fruit de trois mois de travail, au cours desquels une quarantaine d'auditions ont été menées.
Il est signé Henri Lachmann, président du conseil de surveillance de Schneider Electric, Christian Larose, vice-président du Conseil économique, social et environnemental, et Muriel Pénicaud, directrice des ressources humaines de Danone.
"La santé des salariés est d'abord et avant tout l'affaire de managers, ça ne s'externalise pas et ce n'est pas une affaire de docteurs", a souligné cette dernière devant la presse.
Prendre en compte les indicateurs sociaux dans la rémunération des cadres
Pour faciliter la prise de conscience, les auteurs du rapport recommandent de tenir compte d'indicateurs sociaux dans la rémunération des dirigeants et de mettre le sujet au menu des conseils d'administration.
"La performance économique ne peut être le seul critère d'attribution de la rémunération variable", notent-ils.
"La performance sociale doit aussi être prise en compte, incluant notamment des indicateurs de santé, de sécurité et de conditions de travail - par exemple le 'turn over', les accidents du travail, la satisfaction des salariés, la promotion interne".
Dans un discours à Matignon, François Fillon a dit son intérêt pour cette proposition, qui devra selon lui être traitée par les partenaires sociaux dans le cadre du débat sur le partage de la valeur ajoutée.
Parmi les dix propositions du rapport figurent aussi la mise en place de plans d'actions dans les entreprises et une meilleure formation dans les grandes écoles "où l'on forme des élites managériales sans leur parler des hommes", a déploré Muriel Pénicaud.
Favoriser la performance collective
Les auteurs invitent à préférer la performance collective à la performance individuelle et à prendre en compte l'impact humain de tout projet de réorganisation dans l'entreprise.
Ils mettent aussi en garde contre la place prise par les nouvelles technologies de communication comme internet, au détriment du dialogue direct.
Pas question toutefois selon eux de passer par la contrainte, comme pour le travail des seniors et des handicapés.
"Nous pensons qu'à partir du moment où il y a une vraie communauté d'intérêts santé/efficacité/travail, on peut faire avancer les choses", estime Henri Lachmann.
Le monde patronal peu sensibilisé à la multiplication des suicides liés au travail
Pour Christian Larose, la multiplication des suicides liés au travail "exercent une pression sur les entreprises car il est clair qu'il y a des gens qui vont mal, des messages qui ne passent pas".
Il a toutefois déploré le peu d'intérêt des organisations patronales sur le sujet.
"Je n'ai pas senti d'engouement dans le monde patronal (où) on trouve toutes les raisons pour expliquer que cela est un phénomène de mode", a-t-il dit.
Source : Reuters France